Petit Historique de la Chapelle des Pénitents de Beaulieu-sur-Dordogne (Corrèze)...

 

 

La Chapelle de Beaulieu-sur-Dordogne

et ses Pénitents Bleus

 

- D'après un texte de Mme Simone HYMON -

 

Mirant depuis des siècles dans le cours de la Dordogne sa délicate silhouette, elle a connu bien des vicissitudes et des avatars…

 

 

Son histoire est liée à celle de Beaulieu depuis le XIIème siècle, où elle fût édifiée dans le quartier du Port-Haut sous l'invocation de la Vierge.

Avant sa fondation, les fidèles de Beaulieu appartenaient à la paroisse de Sioniac.

L'église de bois de l'abbaye construite par les carolingiens était réservée aux moines ; et c'est au XIIème siècle que les gens du Port-Haut obtinrent de Sioniac et de leur évêque, l'autorisation de bâtir une chapelle dédiée à la vierge.

La vicarie y fut établie.

De style roman, sur les bords de la Dordogne, elle fait partie aujourd'hui d'un des prestiges de Beaulieu-sur-Dordogne.

 

- Plan de la Chapelle -

- Blason Inconnu -

 

Elle a subi la guerre de cent ans et l'occupation anglaise en 1341. Reconstruite en 1477, les murs et la nef furent renforcés par deux chapelles latérales ; L'une d'elle fut dédiée à Sainte-Barbe, patronne des navigateurs, celle du Nord porte sur son autel le fameux blason aux armes inconnues.

 

 

On construisit un clocher à peigne, percée de cinq baies vitrées mais doté d'une seule cloche où l'on pouvait lire avant qu'elle ne soit fondue et refaite, le nom de Henri de Longueval.

On construisit aussi un presbytère avec un jardin que les eaux de la Dordogne ont peu à peu emporté. Tout cet ensemble n'a pu être édifié que grâce à la générosité de la famille du Monturuc dont la place porte aujourd'hui le nom.

 

 

L'église, étant sous l'invocation de la Vierge, le jour de l'assomption y était célébré. Et le 15 août de chaque année, on voit toujours depuis huit siècles, les réjouissances, devenues païennes, se dérouler à ses pieds.

 

Quand arriva la période révolutionnaire, les moines furent chassés de l'abbaye. La paroisse Notre-Dame du Port-Haut transportée à l'abbatiale et l'église désaffectée fut vendue comme bien national, vouée à l'abandon et utilisée comme grange à foin.

Puis au début du XIXème siècle, un vieux prêtre insermenté, l'abbé Xavier Cances, ancien curé de Bilhac qui avait émigré en Espagne en 1792, rentra à Beaulieu pour habiter sa maison de famille.

Désolé de voir se délabrer la gracieuse chapelle, il la racheta le 5 juillet 1803 pour la somme 5.500 Frs.

 

 

Plus tard, il y installa les fameux Pénitents Bleus, lesquels firent construire l'indispensable tribune dont disposaient alors toutes les confréries de pénitents.

 

Cette tribune en bois, très grande est fermée d'une balustrade en bois tourné. Elle est éclairée au Sud par deux fenêtres carrées. Une porte au Nord s'ouvrant sur un escalier extérieur devait permettre aux pénitents une plus grande autonomie et leur évitait selon la règle de la confrérie tout contact avec les fidèles.

 

Nef de la Chapelle et Tribune edifiee par les Penitents (1812)

 

Voici donc Notre-Dame du Port-Haut

devenue au début du XIXème siècle

la " Chapelle des Pénitents " ...

 

 

Berceau des morts des Penitents,

Croix de procession, Tenue de Penitent bleu

 

Jusqu'en 1866, ces pieux confrères s'y réuniront, revêtus de leur sac de toile bleue et y dérouleront leurs impressionnantes processions, portant croix, bannières, lanternes et bâtons, les pieds nus et sur la tête la cagoule percée de deux trous pour les yeux.

 

Mais le zèle religieux, l'humilité et la pénitence sont des vertus difficiles et les bons bourgeois de Beaulieu qui composaient la vénérable cohorte aimaient aussi, c'est humain ! la bonne chère et les plaisirs dispensés par leur généreuse région.

 

Les abus et les scandales minèrent peu à peu la confrérie qui disparut vers les années 1866.

Abandonnée par ses Pénitents défaillants, il se trouva une Ursuline, tirée du cloître par la maladie, Mère Sainte Ursule, aidée par les gens du quartier, pour prendre soin de la Chapelle.

 

On vit alors de nouveau s'y dérouler des cérémonies :

Début décembre, le jour de la Sainte-Barbe, patronne des navigateurs et des pompiers, la compagnie des soldats du feu s'y rendait, casque étincelant en tête.

Le Jeudi Saint était aussi un grand jour pour la petite église. Toute parée de fleurs, elle était le point de départ d'une procession solennelle où les attributs des pénitents, croix voilée, bannière, lanternes et bâtons, et les instruments de la passion étaient portés par les fidèles qui revêtaient pour la circonstance les sacs et cagoules.

C'est ce jour-là que le grand chandelier à treize branches était allumé et que l'on soufflait à chaque psaume de l'interminable messe.

 

 

Retable du XVeme siecle et tres belle Crosse Eucharistique

 

Tous ces fastes ont disparu à la dernière guerre.

Et la chapelle, bien que classée monument historique en 1927, grâce à un ministre venu inaugurer le nouveau pont de Beaulieu, n'était plus qu'un gracieux vestige du passé que l'on admirait de loin, mais dont la misère intérieure faisait mal.

 

Elle fut fermée durant plus de quarante ans...

 

Il aura fallu attendre les élections municipales de 1989 pour que la Chapelle des Pénitents édifice cesse de subir cet abandon.

 

 

- Pieta du XVeme siecle -

 

Dans le cadre d'une profonde restauration, des peintures murales de grande valeur, datant vraisemblablement des XVIème et XVIIème siècles ont été mises à jour et préservées.

 

De nombreux objets et tableaux retrouvés dans l'édifice relatant l'histoire de Beaulieu, des Pénitents Bleus, des Gabariers ont fait l'objet d'expositions muséographiques appréciées du public.

 

 

- Statue du XVeme siecle -

 


La Cloche de la Chapelle

Le pignon de la chapelle est surmonté d'un " clocher peigne " percée de cinq baies cintrées mais qui n'était pourvu que d'une seule cloche.

L'on pouvait lire sur celle-ci, avant ne soit fondue et refaite par Paintandre, fondeur à Turenne (Corrèze), le nom de Henri de Longueval, abbé de Saint Amand de Coly en Périgord qui en avait don à l'église au XVIIIème siècle.

 

 

 

 

 

 

Après refonte à la fin du XIXème siècle, une nouvelle inscription y figure désormais :

 

" Je m'appelle immaculée

suis refondue aux frais de mon parrain Basile de Coste

et bénie par lui

Marraine Antoinette Farges religieuse Ursuline ... "

 

 

Vous pourrez lire la dernière ligne de cette inscription en vous rendant à la chapelle dans laquelle la cloche est exposée...